Démission pendant le congé maternité ou parental : vos droits
Quitter son emploi autour d'une naissance se décide à tête reposée. Voici ce que permet le Code du travail, ce que vous gardez et ce que vous risquez de perdre, notamment le chômage.
En bref
Vous pouvez démissionner pendant un congé de maternité ou un congé parental. À la fin du congé de maternité, la démission pour élever un enfant vous dispense de préavis et vous donne une priorité de réembauche pendant 1 an. Mais une démission n'ouvre pas, en principe, droit au chômage, contrairement à la rupture conventionnelle, possible pendant ces congés.
Mis à jour le par la rédaction. Notre méthode
Démission pendant le congé maternité : ce qui s'applique
Démissionner pendant un congé de maternité est possible. Votre contrat est suspendu, pas rompu : vous restez libre d'y mettre fin. Ce qui change, c'est le préavis, selon le moment.
- Avant l'accouchement, vous êtes enceinte : vous pouvez rompre votre contrat sans préavis et sans indemnité de rupture (article L. 1225-34 du Code du travail).
- Après l'accouchement, cette règle ne joue plus : la démission suit les règles habituelles, avec le préavis prévu par votre contrat ou votre convention collective.
- À la fin du congé de maternité, la démission pour élever un enfant vous dispense à nouveau de préavis (voir plus bas).
Attendre la fin du congé est donc souvent plus simple. Vos indemnités journalières ne sont en principe pas menacées : d'après l'Assurance Maladie, une démission en cours de congé n'a pas d'incidence sur leur versement, car les conditions s'apprécient au premier jour du congé.
Démission et chômage
Une démission ne donne pas droit, en principe, aux allocations chômage. Avant de démissionner, regardez si une rupture conventionnelle, un congé parental ou le congé supplémentaire de naissance ne répondent pas mieux à votre projet.
Démission pour élever un enfant : sans préavis à la fin du congé
L'article L. 1225-66 du Code du travail offre une sortie propre aux deux parents. Pour élever votre enfant, vous pouvez rompre votre contrat sans préavis :
- à l'issue du congé de maternité ou d'adoption ;
- ou, si vous n'avez pas pris ce congé (cas fréquent du second parent), 2 mois après la naissance ou l'arrivée de l'enfant.
Vous devez prévenir votre employeur au moins 15 jours avant, par lettre recommandée avec avis de réception ou remise en main propre contre récépissé.
En échange, vous gardez un lien avec l'entreprise :
- dans l'année qui suit la rupture, vous pouvez demander à être réembauché, par le même type de courrier ;
- vous bénéficiez alors pendant 1 an d'une priorité de réembauche dans les emplois correspondant à votre qualification ;
- si vous êtes réembauché, vous retrouvez tous les avantages acquis au moment de votre départ (article L. 1225-67), et vous avez droit à une action de formation (article L. 1225-68).
La loi n'a pas étendu ce dispositif à la fin du congé supplémentaire de naissance. Si vous enchaînez congé de maternité puis congé supplémentaire, la démission sans préavis reste prévue à l'issue du congé de maternité. Si vous partez travailler pour un autre employeur, Service-Public précise que le préavis habituel s'applique.
Démission pendant le congé parental
Vous pouvez démissionner pendant votre congé parental, mais le préavis reste dû. Le contrat prend fin à l'issue du préavis prévu par votre contrat ou votre convention collective (Service-Public). Si ce préavis va au-delà de la date de fin du congé parental, vous revenez dans l'entreprise pour effectuer le reste. Votre employeur peut accepter de vous en dispenser, sans y être obligé.
Demandez cette dispense par écrit, dans votre lettre de démission. Une réponse écrite de l'employeur évite les malentendus sur la date de fin du contrat.
Démission et droits au chômage
La règle de France Travail est claire : pas d'indemnisation après une démission, sauf si elle figure parmi les démissions considérées comme légitimes. La démission pour élever un enfant n'en fait pas partie. Plusieurs cas peuvent toutefois concerner de jeunes parents :
- suivre votre conjoint marié ou partenaire de Pacs qui change de lieu de résidence pour un motif professionnel ;
- un mariage ou un Pacs qui entraîne un déménagement ;
- suivre un enfant handicapé admis dans une structure éloignée ;
- des violences conjugales qui imposent de changer de résidence.
Hors de ces cas, deux voies restent ouvertes : la démission pour un projet de reconversion professionnelle validé, ou un réexamen de votre situation par l'instance paritaire régionale après 121 jours de chômage sans indemnisation. Renseignez-vous auprès de France Travail avant de démissionner. Ce que deviennent vos droits pendant un congé est détaillé dans notre guide chômage et congés de naissance.
Rupture conventionnelle pendant le congé maternité
Une rupture conventionnelle peut être signée pendant un congé de maternité. La Cour de cassation l'a admis le 25 mars 2015, sauf fraude ou vice du consentement, y compris pendant la période de protection qui suit le congé. Service-Public cite le congé de maternité parmi les périodes de suspension du contrat où elle peut être conclue.
Elle demande l'accord des deux parties : votre employeur ne peut pas vous l'imposer, et vous ne pouvez pas l'exiger. Si vous signez sous la pression, ou si l'employeur s'en sert pour contourner votre protection, la rupture peut être annulée par le conseil de prud'hommes.
Rupture conventionnelle après le congé maternité
Elle reste possible pendant les 10 semaines de protection qui suivent votre retour. L'arrêt de 2015 a été rendu quand cette protection durait moins longtemps : son application à la durée actuelle est probable, mais la Cour de cassation ne l'a pas encore jugé à notre connaissance.
Rupture conventionnelle et congé parental
Le congé parental figure aussi dans la liste de Service-Public des périodes où une rupture conventionnelle peut être conclue. À la différence d'une démission, la rupture conventionnelle ouvre droit aux allocations chômage, si vous remplissez les conditions habituelles, et à une indemnité de rupture au moins égale à l'indemnité légale de licenciement.
La procédure est la même dans tous les cas :
- un ou plusieurs entretiens avec l'employeur ;
- la signature d'une convention, puis un délai de rétractation de 15 jours calendaires pour chacun ;
- la demande d'homologation à l'administration, qui dispose de 15 jours ouvrables pour répondre ; sans réponse, l'homologation est acquise ;
- la fin du contrat au plus tôt le lendemain de l'homologation.
Licenciement : vos protections pendant et après les congés
L'employeur ne peut pas licencier à cause d'une grossesse ou d'une naissance. Selon la période, la protection est plus ou moins forte.
| Période | Protection | Texte |
|---|---|---|
| Grossesse médicalement constatée | Licenciement possible seulement pour faute grave sans lien avec la grossesse ou impossibilité de maintenir le contrat | L. 1225-4 |
| Congé de maternité et congés payés pris juste après | Aucune rupture ne peut prendre effet ni être notifiée | L. 1225-4 |
| 10 semaines après le congé de maternité | Faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat seulement | L. 1225-4 |
| 10 semaines après la naissance, pour le second parent | Faute grave ou motif étranger à l'arrivée de l'enfant seulement | L. 1225-4-1 |
| Congé supplémentaire de naissance | Faute grave ou motif étranger à la naissance seulement, pendant le congé | L. 1225-4-5 |
| Congé parental | Pas de protection spécifique, motif sans rapport avec le congé | Service-Public |
Pendant le congé de maternité, l'employeur ne peut même pas préparer un licenciement : la Cour de cassation a jugé en 2023 que l'envoi de la convocation à l'entretien préalable est déjà interdit.
Si vous êtes licenciée sans que l'employeur connaisse votre grossesse, envoyez-lui un certificat médical de grossesse dans les 15 jours qui suivent la notification : le licenciement est alors annulé, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat (article L. 1225-5). Un licenciement qui viole ces protections est nul. Si vous ne demandez pas votre réintégration, l'indemnité ne peut pas être inférieure à 6 mois de salaire (article L. 1235-3-1).
Licenciement pendant le congé parental
Un salarié peut être licencié pendant ou à la fin de son congé parental, à condition que le motif n'ait aucun rapport avec le congé : un motif économique ou une faute grave, par exemple (Service-Public). Un licenciement motivé par le congé lui-même, ou par votre situation de famille, serait discriminatoire. Au retour, vous retrouvez votre emploi ou un emploi similaire : voyez notre guide reprise du travail.
Le congé supplémentaire de naissance vous protège pendant toute sa durée. Le planning des congés du foyer vous aide à choisir l'ordre des congés en connaissance de cause.
Avant toute décision
Comparez par écrit trois options : démission pour élever votre enfant, rupture conventionnelle, congé parental. Pour chacune, notez la date de fin du contrat, le préavis, l'indemnité éventuelle et vos droits au chômage. Puis interrogez France Travail sur votre situation précise, et la CPAM si vous êtes encore en congé de maternité.
Questions fréquentes
Si je démissionne pendant mon congé maternité, je garde mes indemnités ?
Oui, en principe. L'Assurance Maladie indique que la démission en cours de congé n'a pas d'incidence sur les indemnités journalières, car les conditions s'apprécient au début du congé. Vérifiez votre situation auprès de votre CPAM avant d'envoyer votre lettre.
Dois-je faire un préavis si je démissionne pendant mon congé parental ?
Oui. Le contrat prend fin à l'issue du préavis prévu par votre contrat ou votre convention collective. Si le préavis dépasse la fin du congé, vous revenez l'effectuer, sauf si l'employeur accepte de vous en dispenser.
Peut-on signer une rupture conventionnelle pendant un congé maternité ?
Oui. La Cour de cassation l'admet depuis un arrêt du 25 mars 2015, sauf fraude ou vice du consentement. Service-Public cite le congé de maternité et le congé parental parmi les périodes où elle peut être conclue.
Est-ce que je toucherai le chômage après une démission pour élever mon enfant ?
En principe non : cette démission ne fait pas partie des démissions considérées comme légitimes par l'assurance chômage. Une rupture conventionnelle, elle, ouvre droit aux allocations si vous remplissez les conditions.
Peut-on être licencié pendant un congé parental ?
Oui, mais seulement pour un motif sans rapport avec le congé parental, par exemple un motif économique ou une faute grave. Aucune protection spécifique ne s'applique pendant le congé parental lui-même.
Sources officielles
Informations vérifiées le sur les sites suivants. En cas de doute, ce sont eux qui font foi.
- Maternité ou adoption : le salarié peut-il démissionner pour élever un enfant ? (Service-Public.fr)
- Un salarié du secteur privé peut-il démissionner pendant son congé parental ? (Service-Public.fr)
- Rupture conventionnelle d'un salarié du secteur privé (Service-Public.fr)
- Cour de cassation, chambre sociale, 25 mars 2015, n° 14-10.149 (Légifrance)
- Les démissions qui donnent droit au chômage (France Travail)
- Congé de maternité d'une salariée (Service-Public.fr)